La roulotte aux trilos

Le maërl

jeudi 16 mai 2013 par paleo56

Nature du Maërl

Il est à ce jour notoirement reconnu que les récifs coralliaires de la planète sont des nurseries et des réserves pour la régénération de la faune sous-marine tropicale.
Le rôle équivalent joué par le Maërl a, hélas, été l’objet pendant de trop longues années d’un déni législatif de la nécessaire limitation de son exploitation en France.

A la base, le maërl est une accumulation d’au moins deux espèces d’algues rouges libres aux thalles encroûtant. Vivant, ces thalles sont roses aux extrémités blanches ; ils ont des formes arborescentes et coralliennes plus ou moins sphériques de 6 à 7cm de diamètre. Ils constituent des « prairies » ou étendues localisées dont les enchevêtrements représentent de véritables niches alvéolaires pour tous les organismes benthiques jeunes, larvaires ou fragiles. En Bretagne, le maërl vit souvent à -10m et jusqu’à -30m de fond.
Ces « champs » d’algues calcaires peuvent avoir plusieurs mètres d’épaisseurs et composent donc un milieu de vie à la fois solide et fragile pour une multitude d’organismes.

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Phymatolithon calcareum vivant
Photo d’un fond morbihannais (Jean-Michel CROUZET).

Les deux espèces présentes en Morbihan sont Phymatolithon calcareum (sur fond de sable grossier) et Lithothamnium corallioïdes (espèce plus finement branchue sur fond envasé).

le terme de Maërl définit aussi, par extension, l’ensemble coquillier qui lui est associé, et aussi le mélange sédimentaire des thalles de ces algues mortes et des coquilles vides des organismes qui logeaient ou se nourrissaient dans ces prairies.

La biocénose du maërl

Cette faune coquillière qui hante ces constructions calcaires, est variable (selon les lieux) mais elle a au moins en commun :

le murex Ocenebra erinaceus,
Gibbula magus (Gibbule mage),
Glycymeris clycymeris (amande de mer),
Chlamys varia (le peigne variable),
Calyptrea sinensis (chapeau chinois),
Gibbula umbilicalis (Gibbule ombiliquée),
Calliostoma zizyphinum (troque conique).

Pecten maximus (les St jacques), Aequipecten opercularis (les pétoncles), Ostrea edulis (l’huitre creuse), Venus verrucosa (la praire), y vivent également en marge.

D’autres espèces, selon les zones de vie, font parfois partie de la faune d’une manière abondante :
Crépidula fornicata (la crépidule)
Venerupis decussata (palourdes),
Buccinum undatum (le Bulot)
Nassarius réticulatus (Nasse réticulée)
Turritella communis (turritelles)
Apporhaïs perspelecani (pied de pélican)
Anomia éphippium (anomie « pelure d’oignon »)
Diodora apertura (fissurelle)

D’autres sont parfois (ou rarement) présents dans le maerl sédimentaire, peut-être transportés pos-mortem vers le site dragué :
Natica catena (Natices),
Dentalium entalis (dentales)

Maërl en péril

Extrêmement riche en calcaires (dont le carbonate de calcium) le maërl a été longuement (et même abusivement) exploité et extrait avec des dragues, certes pour ses propriétés pharmacologiques ou en tant que complément alimentaire, mais aussi pour d’autres utilisation beaucoup moins nobles et peu justifiables ; les thalles recèlent en effet une trentaine de précieux oligoéléments, de vitamines, de phytohormones et d’acides aminés.

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phymatolithon calcareum
Le maërl mort tel qu’il se présente après le dragage

Pendant longtemps ingrédient d’amendement des terres, il était entreposé sur les quais des ports du Morbihan. On en trouve encore des reliquats dans certains dépôts d’entreprises spécialisées dans le domaine des compléments alimentaires pour l’élevage, mais son exploitation devait cesser en 2013 (voir note Ifremer)
On estime que la reconstitution de ces milieux fragiles et évolutifs nécessiteront plusieurs dizaines d’années, sous réserve, évidemment, que les conditions environnementales le permettent encore.


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