La roulotte aux trilos

Anita CONTI

jeudi 9 mai 2013 par paleo56

Extrait choisi

La mer, ici, c’est le pays. Le sondeur accuse 120 à 130 mètres. En passant sur le banc Jones le fond s’est relevé jusqu’à 73 mètres.

Nous continuons à surnager le Plateau franco-britannique, cette étendue tant de fois effondrée, émergée, puis submergée encore. Dans ces régions, les missions océanographiques françaises ont fait un travail considérable. Des appareils enregistreurs ont tracé, seconde par seconde, les reliefs des zones immergées, et lentement au cours de ces milliers de sondages sont apparues les justifications, si l’on peut dire, de ces altitudes sous-marines que les pêcheurs nomment des bancs. Ici les bancs sont des collines usées dominant les lignes d’anciens rivages et les estuaires d’anciens fleuves.

Déjà, au moment où la mer crétacique envahissait ce qui allait être un jour la France et accumulait ses dépôts dans le bassin de Paris, la souille de la Grande Sole marquait L’embouchure de la Severn. Après une exondation du plateau continental   la mer nummulitique remplit de calcaire   le nord de la France, puis vint la mer des Faluns qui sema de coquillages la Touraine et la Vendée, tandis que la Manche émergée laissait en son milieu couler la Seine et former le vaste cône de déjection qui donna le banc de la Chapelle.

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la Manche il y a 20.000 ans, d’après Ifremer.
les glaciers, en zone blanche sur la carte, sont en limite sud de l’Angleterre ; le fleuve Manche coule dans la plaine qui la sépare de la France

Extrait choisi, suite

Les géologues paraissent d’accord pour considérer que c’est seulement à l’époque pliocène , relativement proche de nos temps quaternaires, que les côtes d’Europe et leurs soubassements prirent leur actuelle configuration, mais sous l’immensité du phénomène les terres envahies gardèrent leurs reliefs, et à côté des vieux massifs primaires les plaines et vallées noyées par les eaux ne se sont pas effacées.
Ce sont elles qu’ont retrouvées les océanographes.
La mer a conservé avec une fidélité terrible toutes les traces de la vie. Sous l’aiguille des sondeurs par les ultrasons les thalwegs des vieux fleuves sont nets et fouillés comme ceux d’une carte d’état-major au xxe siècle. Les squelettes fossilisés que l’on a trouvés dans les couches alluvionnaires de ces mers successives font revivre la lutte des bêtes, entraînées dans la lutte des terres et des eaux -et la lutte continue.

La mode scientifique a longtemps voulu que, l’homme étant l’étalon de mesure d’un monde créé pour lui, les modifications affectant la croûte de sa planète soient aussi à l’échelle de son appréciation, et la tradition de ces déluges que l’on retrouve à l’origine d’anciennes religions de l’ Ancien et du Nouveau Monde est souvent répétée comme celle de rapides cataclysmes. Les traces géologiques peuvent s’interpréter autrement ; nous vivons tous le cataclysme de notre temps ; personne n’y échappe, ni les bêtes, ni les végétaux et encore moins les pierres ; mais la vie d’un seul homme est trop brève pour lui permettre d’en suivre seul l’évolution.

Le cataclysme marche avec nous ; les bêtes comme les hommes sont engagés dans leur temps.

Anita CONTI

Femme hors du commun avant l’heure, photographe et Océanographe, Anita CONTI   (1899-1997) embarque en 1952 sur le chalutier le Bois-rosé. Elle en tirera son premier livre, Racleurs d’Océans, dans lequel elle y relate la vie des morutiers, et dont est extraite la page présente. On y découvre un grand talent pédagogique pour un naturalisme   de terrain qui retisse habilement les liens entre la vie marine préhistorique et contemporaine.
Les fonds et archives de cette aventurière scientifique ont été regroupés sur Lorient par l’association « cap sur Anita CONTI » depuis 2003.


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